Cette étape est essentielle, car la qualité de l’accompagnement dépend directement de la confiance accordée au médiateur (tiers, impartial, neutre et indépendant), de son expertise et de l’adéquation de son profil avec la situation.
Dans cet échange, nos experts partagent les critères clés pour bien choisir son médiateur et les situations où la co-médiation constitue un véritable atout.
Katia Pouilly-Mazuer :
Hormis les critères impératifs de qualités du médiateur que sont notamment la neutralité et l’indépendance, les parties doivent pouvoir compter sur un tiers totalement extérieur au conflit, sans intérêt personnel ou professionnel au différend.
Ensuite, l’expérience et la formation sont pour moi également déterminants.Un médiateur doit être spécifiquement formé aux techniques de médiation, à l’écoute active, à la gestion des émotions et à la conduite d’entretiens conflictuels.
Outre la formation originelle, il me semble important que le médiateur réalise des formations continues (analyse de pratique) et participe également à des réflexions, groupes de travail visant à le faire progresser continuellement.
Enfin, il est essentiel que les parties se sentent en confiance.Le « bon » médiateur est celui avec qui elles se sentent suffisamment en sécurité pour s’exprimer librement, dans un cadre confidentiel et structuré.
Emmanuel Potdevin :
Cela peut être un avantage dans certaines hypothèses, notamment lorsque les enjeux sont très techniques, comme en propriété intellectuelle, en recherche ou en ingénierie.
La connaissance du secteur permet de comprendre rapidement les enjeux, le vocabulaire et les contraintes des parties.
Mais ce n’est absolument pas un prérequis : la médiation repose avant tout sur des compétences humaines, relationnelles et méthodologiques.La neutralité du médiateur prime sur son expertise sectorielle. L’important, c’est sa capacité à créer les conditions d’un dialogue constructif.
Dans ce cadre, la co-médiation peut faire sens. Les parties pourront sélectionner un comédiateur spécialisé en brevet et un autre comédiateur en droits d’auteur (dans un différend complexe faisant intervenir plusieurs actifs de PI) ou un co-médiateur spécialisé en PI et un autre co-médiateur avec d’autres compétences ou expériences.
Katia Pouilly-Mazuer :
C’est ce qu’on appelle la co-médiation, et elle présente plusieurs avantages.
Nous pouvons la proposer dans les situations :
- Particulièrement sensibles ou émotionnellement chargées ;
- Impliquant plusieurs personnes ou plusieurs équipes ;
- Où les relations sont très dégradées ;
- Où les enjeux sont mixtes (juridiques, organisationnels, humains (…)) ;
- Ou lorsqu’un équilibre homme/femme ou une diversité de profils peut faciliter l’expression de chacun ;
- Ou encore lorsque les parties souhaitent choisir chacune leur médiateur.
Deux médiateurs offrent des regards complémentaires, une meilleure dynamique d’écoute et un partage du pilotage, ce qui fluidifie le processus.
Si les parties souhaitent une co-médiation, les médiateurs devront être d’accord sur ce principe et valider le comédiateur en présence duquel le processus sera animé.
Emmanuel Potdevin :
Idéalement les co‑médiateurs sont sélectionnés par les parties pour leur complémentarité.
Ce peut être deux profils différents en termes de parcours, de sensibilité, de spécialisation ou de posture.
Cette complémentarité permet d’enrichir la compréhension du différend, de mieux accompagner les parties et d’assurer une continuité fluide dans la conduite des séances.
Il est aussi essentiel que les co‑médiateurs travaillent en parfaite coordination et partagent une éthique commune : impartialité, indépendance, confidentialité, neutralité et bienveillance.
Katia Pouilly-Mazuer :
Indirectement, oui.
Non pas parce qu’il apporterait une solution - ce n’est pas le rôle du médiateur - mais parce qu’il crée les conditions qui permettront aux parties de trouver, elles‑mêmes, leur solution.
Un médiateur bien choisi, qui inspire confiance, qui sait cadrer et apaiser les échanges, peut être déterminant pour restaurer la communication et ouvrir des perspectives nouvelles, parfois insoupçonnées.
Emmanuel Potdevin :
Prendre le temps d’échanger, même brièvement, avec le ou les médiateurs pressentis.
Cela permet de vérifier la qualité du contact, la compréhension du besoin et la posture adoptée.
L’instinct compte beaucoup : si les parties se sentent entendues, respectées et en sécurité, c’est souvent le bon choix.S’assurer par ailleurs que ce choix et cette confiance sont partagés par toutes les parties et que le médiateur n’est pas imposé à l’une d’entre elles.
Emmanuel Potdevin :
Un médiateur bien choisi - ou deux co‑médiateurs lorsque la situation le demande - permet d’aborder les différends avec plus de sérénité, d’efficacité et d’ouverture.
C’est un investissement précieux pour restaurer la confiance et construire des solutions durables.