Ce NDA est très souvent le préalable à une opération de développement de la vie de l’entreprise : pour permettre l’établissement d’un devis de la part d’un prestataire, avant des échanges techniques, dans le cadre d’un projet de recherche & développement, pour une levée de fonds …
Cette précaution utile, et parfois indispensable, préserve les informations échangées d'un certain nombre de risques, notamment de la divulgation d’une solution technique présentée lors des échanges, qui affecterait la validité de tout dépôt de brevet ultérieur.
La signature seule d’un tel accord ne suffit cependant pas. Encore faut-il veiller à son respect et son application, notamment dans le temps.
Une récente décision du Tribunal Judiciaire de Paris illustre cette nécessité.
Dans cette affaire, une entreprise industrielle et une société sous-traitante (spécialisée dans la fabrication de machines) envisagent un projet de pompe concernant des gaz à haute pression.
Un accord de confidentialité d’une durée de trois ans est signé portant sur les informations que les parties seraient amenées à s’échanger dans le cadre de ce projet technique.
L’industriel commande ensuite une pré-étude pour la réalisation d’une spécification détaillée de la pompe. S’en suit une deuxième commande portant sur une étude d’essais d’un système de pompage.
Peu de temps après, l’industriel dépose une demande de brevet sur un dispositif de pompage.
De son côté, le sous-traitant dépose, deux ans plus tard, six demandes de brevet.
Le sous-traitant constate ultérieurement le dépôt de la demande de brevet de l'industriel (i.e. après publication de la demande de brevet). Il estime que ce dépôt résulte de l'exploitation d'informations que le sous-traitant a communiquées dans le cadre de l'accord de confidentialité.
Par conséquent, il intente donc une action en revendication de propriété de la demande de brevet déposée par l'industriel, en application de l’Article L611-8 du Code de la Propriété Intellectuelle.
Le tribunal saisi de cette action constate que :
Le tribunal estime donc que la divulgation, par le dépôt d’une demande de brevet, du contenu de l’étude a été faite en violation de l'accord de confidentialité. Il fait droit à l'action en revendication du sous-traitant et ordonne le transfert de la demande de brevet (déposée par l’industriel), à son bénéfice.
Le tribunal considère par ailleurs que « le dépôt d'une demande de brevet à l'insu de son cocontractant avec qui aucun accord clair n’a été formalisé (…) portant sur des données qui (…) appartenait aux demandeurs caractérise un comportement fautif » de l'industriel.
Les faits de divulgation (par le dépôt de demande de brevet) sont donc à l’origine pour le sous-traitant « d’une modification forcée de sa stratégie de défense du savoir-faire et d'une perturbation dans la présentation de ses services ». L'industriel est condamné à indemniser les conséquences préjudiciables subies par le sous-traitant, conséquences évaluées à 30 000 € « en l’absence d’éléments concrets d’estimation ».
Lors de l’exécution de projets de R&D impliquant un prestataire sous-traitant, il est donc recommandé de veiller :
Cette décision met aussi en exergue l’importance d’une bonne gestion contractuelle et d’une collaboration étroite entre juristes et services « opérationnels » dans l’application de ces accords et, au minimum, d’une sensibilisation des équipes internes à l’application des accords, notamment si l’entreprise ne dispose pas d’un service juridique.
REGIMBEAU se tient à votre disposition pour vous accompagner dans ces démarches et pour la formation de vos équipes.