Paris, le 27 septembre 2018 - Utilisés pour la surveillance d’événements majeurs, de manifestations et rassemblements sur la voie publique ou encore pour des missions de gestion de crise, les drones originairement créés à des fins militaires se sont développés dans tous les domaines et sont à présent accessibles au plus grand nombre.
Les drones sont omniprésents dans de nombreux secteurs professionnels : surveillance de chantiers/de réseaux (électriques, ferroviaires), maintenance d’infrastructures, transport de charges, industrie audiovisuelle (…).
Il convient de considérer que la personne (physique ou morale) responsable de l’activité est identifiée comme « l’exploitant ».
Celui-ci se doit de mettre en œuvre toutes les mesures de sécurité nécessaires pour assurer i) la sécurité des tiers ii) le respect des règlementations applicables aux drones et au télépilote.
La captation d’images aériennes implique notamment i) le respect de l’espace aérien ii) le droit à l’image et iii) la règlementation sur la protection des données à caractère personnel.
1.1 L’espace aérien
L’utilisation en extérieur d’engins volants est considérée comme une activité aérienne et relève donc de la règlementation applicable à l’aviation civile1.
Un drone est un aéronef circulant sans personne à bord qui peut voler suivant un plan de vol programmé à l’avance ou à travers un contrôle à distance par le télépilote.
Les drones connaissent trois statuts différents :
En cas d’utilisation d’un drone à des fins professionnelles, l’exploitant doit obtenir les autorisations nécessaires au titre de l’activité aérienne (Article L.6214-2 du Code des transports), procéder à des déclarations auprès de la Direction Générale de l’Aviation Civile, tenir un manuel d’activités particulières (…).
Outre ces prérequis, s’ajoutent d’autres règles juridiques à respecter en cas de captation d’images et de collecte de données.
1.2 Droit à l’image
L’utilisation des drones soulève des enjeux importants en matière de libertés individuelles et de respect de la vie privée. En effet, en fonction des caractéristiques techniques du drone, les photos et les vidéos captées peuvent permettre de distinguer et identifier des personnes physiques ou des biens.
Par ailleurs, se posera inévitablement la question des droits d’auteurs sur les prises de vues.
Chaque personne dispose d’un droit sur son image et peut en interdire son exploitation et sa diffusion (Art 9 du Code Civil, respect au droit à la vie privée). Aussi, toute utilisation (captation, exploitation, diffusion (…)) de cette image nécessite l’obtention d’une autorisation expresse et non équivoque.
La reproduction de l’image (photo, vidéo, dessin animé (…)), d’immeuble (Château, propriété, maison, devanture d’une Société (…) et/ou de meuble (mobilier urbain, mobilier classique (…)) nécessite l’obtention d’autorisation(s) du titulaire des droits d’auteur (photographes, auteurs, designers, architectes (…)) et, dans certaines hypothèses, celle du propriétaire (ou du gestionnaire) du bien.
Tout auteur de prises de vues/vidéos jouit sur ses œuvres, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous (droits moraux et patrimoniaux).
Il conviendra donc d’obtenir son autorisation s’agissant de la reproduction, adaptation et/ou représentation de ses photos/vidéos captées par un drone.
Notons que la jurisprudence diverge quant à la reconnaissance de droits d’auteur lorsque la captation d’images à lieu par le biais d’un dispositif automatique.
1.3 Données à caractère personnel
On entend par « donnée à caractère personnel » tout type d’information concernant une personne physique identifiée ou identifiable. Est réputée être une « personne physique identifiable » une personne physique qui peut être identifiée, directement ou indirectement.
Grâce à ses composants, l’utilisation d’un drone permet de collecter des données relatives à des personnes (photographie, localisation/point GPS, façade de maison, plaque d’immatriculation (…)) et permet donc d’identifier ces personnes.
En Europe, la collecte et le traitement des données à caractère personnel sont strictement réglementés par le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) ainsi que par les différentes législations nationales.
En France, il s’agit notamment de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, modifiée par la loi n°2018-493 du 20 juin 2018 relative à la protection des données personnelles.
De ce fait, le responsable de traitement, qui détermine les finalités et les moyens de traitement des données, doit :
Les risques liés à l’utilisation d’un drone peuvent concerner des atteintes à la :
Différents acteurs peuvent voir leur(s) responsabilité(s) engagée(s). Il peut s’agir de l’exploitant, du donneur d’ordre, du responsable de traitement, du sous-traitant, du client final, du télépilote, de l’auteur des prises de vues, du fabricant, du propriétaire du matériel ou encore du vendeur.
Par conséquent, de nombreuses responsabilités peuvent être recherchées dans le régime général des obligations[ Responsabilité contractuelle (art. 1242 et 1231-1 du Code civil), responsabilité délictuelle (pour faute, du fait des choses, du fait d’autrui, du fait des produits défectueux), ….] ainsi que dans les régimes spéciaux et notamment les atteintes liées à la propriété intellectuelle (contrefaçon, concurrence déloyale, parasitisme (…)) et au non-respect des règles applicables à la protection des données personnelles (sanctions financières allant jusque 20 M€ ou 4 % du chiffre d’affaire mondial).
En cas de responsabilité avérée, le « responsable » peut se voir appliquer cumulativement comme sanction des peines d’emprisonnement, des dommages et intérêts et des amendes administratives.
Face à l’ensemble des règles applicables, l’utilisation d’un drone et des contenus captés supposent un encadrement juridique approprié.
En amont, la contractualisation avec l’ensemble des acteurs permettra de circonscrire les obligations et responsabilités de chacun, pour une utilisation sécurisée.